Ce qu’il faut savoir de la dépression

Empty Room par Lilmonster Michi

Empty Room par Lilmonster Michi

 

Dépression : Face aux préjugés, ce qu’il faut savoir de la dépression (Communiqué du CHU de Nimes)

La dépression majeure est un trouble fréquent et grave

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la dépression, au sens médical du terme,  affecterait chaque année plus de 350 millions de personnes dans le monde. En France, plus de 10 % de la population a souffert d’une dépression dans sa vie. La prévalence augmente à l’adolescence puis reste importante à tous les âges de la vie. Elle touche environ deux femmes pour un homme.

La dépression majeure est aussi un trouble sévère, ayant des conséquences négatives sérieuses sur la vie familiale, professionnelle, sentimentale ou sexuelle du sujet, sur sa qualité de vie en général. Elle peut être à l’origine de problèmes dans le couple ou avec son entourage familial et amical, d’absentéisme au travail, d’arrêt des études, de difficultés à élever ses enfants, ou de difficultés financières.

La dépression est, en outre, associée à un plus grand risque de problèmes de santé physique comme les maladies cardiaques, les problèmes métaboliques (obésité, diabète), les accidents vasculaires cérébraux, peut-être certains cancers, et à un risque plus élevé de consommer de l’alcool et des drogues. Quand il existe une dépression associée, ces pathologies sont aussi plus sévères et plus difficiles à soigner.

Enfin, la dépression majeure augmente le risque de suicide : 4 à 10 % des personnes déprimées mettent fin à leurs jours (contre moins de 0,02 % de la population générale), et 60 % des personnes qui se sont suicidées souffraient de dépression.

Du fait de sa fréquence et sa gravité, l’OMS estime que la dépression majeure représente en France (et dans le Monde) la troisième cause de handicap majeur après les douleurs dorsales et cervicales, et les atteintes des organes des sens (vue, audition). 

Comment s’établit le diagnostic de dépression majeure ?

La dépression majeure peut se présenter sous différentes formes selon la personne. Les symptômes les plus fréquents sont une tristesse importante (qui peut se manifester sous forme d’irritabilité), un manque de plaisir à faire ce qu’on aime faire habituellement, des problèmes de sommeil (insomnie ou hypersomnie), des problèmes d’appétit (perte d’appétit ou tendance à trop manger), des difficultés à se concentrer, à s’organiser, des pertes de mémoire, un manque d’énergie, une fatigue importante. Il existe souvent une importante anxiété et des problèmes de libido. Enfin, certaines personnes vont avoir des idées suicidaires, voire passer à l’acte. Dans de rares cas, la dépression peut s’accompagner de délire (de persécution, par exemple).

Chez certaines personnes, la dépression majeure fait partie d’un trouble bipolaire de l’humeur. Dans ce trouble, les épisodes de dépression alternent avec des épisodes d’exaltation de l’humeur appelés « épisodes maniaques » ou « hypomaniaques ». Le trouble bipolaire de l’humeur nécessite une prise en charge spécifique. Quand il ne s’agit pas d’un trouble bipolaire, on parle alors de trouble dépressif majeur, l’ensemble faisant partie des troubles de l’humeur.

Comment évolue la dépression majeure?

Le plus souvent, l’épisode de dépression majeure va disparaître au bout de plusieurs semaines, voire plusieurs mois sans traitement (dans 50 % des cas, l’épisode dure moins de trois mois, mais dans 25 % plus d’un an). Un traitement efficace va permettre de réduire ce temps jusqu’à la rémission et permettre ainsi au patient de retrouver un fonctionnement adéquat plus rapidement.

Environ 75 % des personnes présentent au cours de leur vie une récidive de leur dépression, dont 30 % dans les trois ans suivant la première dépression. Le risque de récidive est plus important si le trouble dépressif a commencé tôt, chez ceux qui ont déjà fait plusieurs épisodes dépressifs antérieurs, si la dépression précédente a duré longtemps et était sévère, s’il persiste des symptômes résiduels (par exemple de l’anxiété, des troubles du sommeil, de la fatigue) après le dernier épisode, et s’il y a une histoire familiale de troubles de l’humeur. Chez les personnes chez qui les récidives sont fréquentes, il peut être utile de recevoir un traitement au long cours.

Enfin, 15 % des personnes vont présenter une forme chronique de dépression avec la persistance de symptômes quotidiens.

Quelles sont les causes de la dépression majeure?

Le déclenchement des épisodes dépressifs est souvent (mais pas toujours) lié à des stress dans sa vie quotidienne, par exemples des difficultés conjugales/sentimentales ou une séparation, des problèmes au travail ou une perte d’emploi, des problèmes familiaux, des problèmes financiers ou avec la justice, la perte d’un être cher, etc. Ces évènements constituent les facteurs déclencheurs. Ils favorisent le déclenchement d’un épisode de dépression chez les personnes qui sont plus vulnérables.

Sur le plan de la vulnérabilité, des facteurs génétiques contribuent au risque de dépression majeure avec une héritabilité (c’est-à-dire la part des variations liée aux facteurs génétiques) estimée à 40 %. Ceci signifie que 60 % de cette variabilité est liée à des facteurs externes. La perte précoce d’un de ses parents, ou desmaltraitances dans l’enfance peuvent aussi affecter le développement d’un individu et augmenter le risque de dépression à l’âge adulte. Tous ces facteurs constituent des facteurs prédisposant.

On ne connaît pas encore bien les mécanismes biologiques conduisant à la dépression. De nombreux travaux de neurosciences ont suggéré le rôle du dysfonctionnement de certains neuromédiateurs comme la sérotonine, la noradrénaline, ou la dopamine, et plus récemment le glutamate. On sait aussi que certains facteurs impliqués dans la croissance des neurones, comme le BDNF, montrent des taux anormaux. Le système qui régule la réponse au stress, comme celui du cortisol, est aussi souvent perturbé chez les personnes déprimées. Plusieurs études ont également souligné le fait que la dépression s’accompagne d’un état inflammatoire biologique. De récentes études de neuro imagerie montrent, en outre, que diverses régions cérébrales, celles par exemple impliquées dans le contrôle des informations et la régulation des émotions, présentent un fonctionnement anormal, ou des volumes diminués durant la dépression. Plus récemment, des études ont montré comment les maltraitances dans l’enfance pouvaient affecter au long cours l’expression des gènes via des mécanismes persistants dits « épigénétiques ». L’ensemble de ces atteintes contribue à créer le tableau clinique complexe de la dépression.

Comment soigne-t-on la dépression majeure?

Il est très important que le médecin et son patient créent une bonne alliance, basée sur la confiance mutuelle. Le but du traitement est double : il s’agit, à court terme, d’obtenir une rémission des symptômes dépressifs et un retour à l’état de fonctionnement antérieur et, à long terme, de parvenir à retrouver une bonne qualité de vie et éviter les récidives.

À l’heure actuelle, les deux grands types de thérapie de la dépression majeure sont les antidépresseurs et certaines psychothérapies.

Les antidépresseurs doivent être pris tous les jours sur une période allant de six mois à deux ans selon l’histoire du patient (voire plus si on veut éviter une récidive chez les personnes à risque). Ils mettent plus de trois semaines à commencer à faire effet. Environ 30 % des personnes seront en rémission après le premier traitement. Les effets secondaires les plus fréquents de ces traitements sont des nausées en début de traitement (qui passent en quelques jours), des problèmes digestifs et des sueurs. On associe parfois aux antidépresseurs d’autres médicaments (comme le lithium ou les antipsychotiques) pour augmenter leur efficacité. L’utilisation des antidépresseurs chez les adolescents et les adultes jeunes doit être réservée aux dépressions plus sévères en raison du risque suicidaire chez un faible nombre de cas en début de traitement.

Pour les dépressions majeures d’intensité légère à modérée, les psychothérapies dites « cognitives et comportementales », « d’activation comportementale », ou « interpersonnelles » ont montré un effet similaire aux antidépresseurs. Comme pour tout traitement, elles nécessitent un thérapeute compétent et empathique. Le traitement dure plusieurs semaines à raison d’une séance individuelle ou de groupe par semaine.

D’autres traitements et approches ont, par ailleurs, montré leur intérêt :

– l’électroconvulsivothérapie (ou sismothérapie) consiste à provoquer une crise d’épilepsie sous anesthésie générale brève. Le traitement est totalement indolore, le patient étant endormi. Cette technique est en général réservée aux dépressions très sévères ou en cas d’inefficacité ou d’intolérance aux traitements pharmacologiques ;

– la méditation de type « mindfulness » est un processus d’attention, ciblant le « ici et maintenant ». Cette thérapie, enseignée durant huit semaines, puis pratiquée seul à domicile, a montré des bénéfices en termes de prévention des récidives ;

– la stimulation magnétique transcrânienne stimule certaines régions du cerveau à l’aide d’un aimant. Le patient reste éveillé et la procédure est indolore ;

– la luminothérapie consiste à s’exposer quotidiennement durant six semaines à une lumière de 10 000 lux. Cette technique est surtout intéressante pour les dépressions saisonnières dans les régions à faible luminosité hivernale. Sous nos latitudes, une marche quotidienne est largement suffisante ;

– l’hygiène de vie joue, par ailleurs, un rôle majeur dans la prévention de la dépression. Il est donc vivement recommandé de pratiquer une activité physique trois à quatre fois par semaine, de réduire la consommation d’alcool et de drogues, d’avoir une bonne hygiène de sommeil, de manger équilibré et d’avoir une vie sociale.

L’entourage, la famille et les amis, ont un rôle majeur à jouer pour soutenir la personne malade dans sa lutte contre un ennemi coriace ». En effet, être présent est souvent suffisant, il faut éviter de juger, de minimiser les problèmes. Ainsi, des phrases simples sont souvent utiles : « Je suis ici pour toi », « Tu comptes pour nous» ou « Nous ferons face ensemble ».

Le communiqué complet